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Au-delà des chiffres: le coût réel de l’insurrection de Boko Haram
L’insurrection actuelle de Boko Haram au Nigeria fait froid dans le dos des citoyens et des non-citoyens. L’économie nigériane et l’Etat sont actuellement paralysés par l’insurrection qui fait rage, pendant que nous continuons à dénoncer cette insurrection,

il ya un fort besoin de commencer à compter le coût en plaçant le carnage en perspective, en dressant un tableau et en tentant de faire des projections sur l’impact de l’ insurrection sur l’Etat nigérian et ses voisins. Il est à espérer que cette édition spéciale du West Africa Insight sur Boko Haram mettra en évidence les enjeux réels de l’insurrection ainsi que la stratégie contre cette insurrection, tout en stimulant les débats sur le coût réel de l’insurrection de Boko Haram au delà des simples allusions aux chiffres. Depuis le début de l’insurrection de Boko Haram, au-delà du nombre élevé de décès enregistrés, le tissu socio-économique et politique de la société nigériane et de ses voisins a été brisé. L’économie du Nord du Nigeria desservant le pays et la majorité de la bande sahélienne est paralysée. L’impact de l’insurrection à la fois de l’Etat et des insurgés est entraine de casser la volonté du peuple, le tourisme, l’agriculture, la santé, l’éducation, la vie des familles qui ont été entre autre déchirées. Le Nord-Est du Nigeria avant cette insurrection avait un taux d’alphabétisation de 35% contre 77% obtenu dans les autres régions du pays. 77% des femmes dans le Nord-Est du Nigeria n’ont pas accès à l’éducation formelle, contre 17% dans les autres parties du pays. Le Nord-Est du Nigeria enregistré le plus grand nombre d’enfants déscolarisés sur les 10,5 millions mentionnés dans le rapport de l’UNESCO. Les attaques contre les écoles, les élèves et leurs enseignants ont un impact négatif sur l’éducation dans la zone, un rapport d’ActionAid Nigeria de Février 2013 montre que plus de 200 écoles ont été détruites dans l’Etat de Yobe et plus de 800 salles de classe ont été détruites dans l’Etat de Borno tandis que plus de 15 1000 enfants ont cessé d’aller à l’école dans l’Etat de Borno. Les nombreuses attaques contre des écoles en 2014 ont apparemment fortement augmenté selon les chiffres publiés par ActionAid Nigeria. Le massacre de plus de 59 élèves au Government Federal Collegue Buni Yadi, dans l’Etat de Yobe et l’enlèvement récent de plus de 200 filles pendant leurs examens au Certificat d’Etude Supérieur a l’Ecole gouvernemental de Chibok par les insurgés ont encore amplifié la crainte des parents à envoyer leurs enfants ou leurs pupilles à l’école tout en intensifiant la peur des élèves a accéder à l’éducation formelle, évidemment, cela laisse présager une grave menace sur l’éducation dans la zone tout en élargissant encore le fossé de l’éducation qui existe entre les zones géopolitiques du pays. Selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, 350 000 habitants du Nord-Est du Nigeria sont actuellement réfugiés au Cameroun, au Tchad et au Niger tandis que 470 000 nigérians se sont été déplacés à l’intérieur du pays. Aussi, l’agence nigériane en charge de la gestion des urgences a en Avril 2014 a admis faire face aux défis liés a la réinstallation de 250 000 personnes déplacées dans le nord-est du Nigeria à cause des attaques de Boko Haram. Le nombre élevé de personnes déplacées à cause de l’insurrection en cours est non seulement effrayant mais aussi s’il n’est pas pris en charge il est susceptible d’occasionner des conflits de ressources à l’avenir avec le tarissement des terres et autres formes de ressources naturelles qui pourraient survenir. Un des domaines à n’avoir pas bénéficié de suffisamment d’attention avec l’insurrection qui fait rage est son impact négatif sur l’agriculture et la sécurité alimentaire. L’agriculture est marginalisée dans le nord-est, les habitants de plusieurs villes et villages tels que Maiduguri, Konduga, Mafa, Dikwa, Damboa, Kala-Balge pour ne citer que ceux-ci ne pratiquent plus l’agriculture en raison des attaques incessantes des insurgés, ceux qui ont réussit à pratiquer l’agriculture dans Ajigin, comme les communautés Talala, Konduga et Zabarmari ont vu leurs récoltes volées et leurs fermes brûlées par les insurgés. Des projets tels que le projet du gouvernement riz / blé placé sous l’autorité de développement du bassin du Tchad dans lequel le gouvernement a investi des millions de nairas n’est pas en reste, plus de 19 000 agriculteurs ont été licenciés de leur champ de riz et de blé par les insurgés, les agriculteurs ne pouvaient pas récolter leurs semences ce qui conduisait à un gaspillage des vivres ainsi que de l’investissement. L’Agence nationale de gestion des urgences a confirmé qu’environ 65% des agriculteurs du Nord s’étaient déplacés vers le Sud à cause des attaques de Boko Haram. Une grande quantité de nourriture consommée à Lagos et d’autres Etats du Sud-ouest viennent du nord, la zone satisfait les besoins alimentaires du Sahel, l’industrie du poisson dans l’Etat de Borno est utilisée pour alimenter le Cameroun, même le Programme alimentaire mondial (PAM) a reconnu le défi que représente l’insurrection sur son approvisionnement car il n’est pas a mesure de se procurer des provisions en provenance du Nigeria afin de venir en aide à la bande sahélo sahélienne sujette à la famine. Avant l’insurrection, le nord-est du Nigeria avait un service de soins de santé pauvre avec un taux de mortalité maternelle et un taux de morbidité très élevé. L’Etat de Borno, par exemple, a un taux de mortalité maternelle de 1 549 pour 100 000 habitants. Cependant, la situation s’est maintenant aggravée à cause de l’insurrection. Aussi, à cause des attaques menées contre les hôpitaux et leur personnel, le personnel de santé qui fournissait des services au niveau des soins de santé primaires, la vaccination, la santé maternelle et infantile, la planification familiale, l’éducation à la santé publique, l’environnement, etc ont déménagé des communautés ce qui a entrainé l’effondrement du système de santé et occasionné le tourisme médical avec les patients qui doivent se rendre au Cameroun pour avoir des soins de santé. A l’heure actuelle, les vaccins et les campagnes de vaccinnation contre la poliomyélite ont été interrompus dans pratiquement toutes les zones exposées à Boko Haram. Ceci en dépit du fait que les Etats comme Borno ont enregistré 14 des 53 cas de polio enregistrés au Nigeria (Initiative 2013 pour l’éradication mondiale de la poliomyélite). Sur l’implication du manque de vaccination contre la polio dans les Etats de Yobe et de Borno, Pryanka Khanna, le porte parole du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) au Nigeria a dit à IRIN que: «Pour l’éradication de la polio au Nigeria et dans le monde, les Etats de Borno et Yobe ne peuvent pas être laissés de côté ». Aussi d’une grande conséquence c’est le fait qu’à partir de décembre 2013, les résidents de la communauté de Baga ont eu une épidémie de fièvre cérébrale sans aucune forme de soins médicaux, entraînant la mort de plusieurs membres de la communauté. L’Etat nigérian, durant les trois dernières années a investi une grande partie du fonds alloué au développement des infrastructures dans la lutte contre l’insurrection. En 2012, 6 milliards de dollars ont été dédié à la sécurité. En 2013, l’État a dépensé plusieurs milliers de milliards de naira sur la sécurité ce qui représente une augmentation de 135 milliards naira sur ce qui a été dépensé en 2012. Le budget 2014 de la défense s’élève a environ 1000 milliards de naira. Apparemment, pendant que l’Etat continue d’utiliser une grosse partie de son chiffre d’affaires pour la lutte contre l’insurrection, le développement et la croissance sont marginalisés car le principal objectif des dirigeants est de garantir la paix et la sécurité . Les attaques des insurgés contre les églises, les commissariats de police, les casernes militaires, les banques, les débits de boissons alcoolisées, les agences de presse, les parcs automobiles, les écoles, les places de marché, l’immeuble des Nations Unies etc a fait perdre à l’Etat la liste du nombre de décès enregistrés. Certains des cas d’attaques qui ont été enregistrées montrent que l’attaque de 2009 sur les militaires et les mosquées à Maiduguri a entraîné la mort de plus de 700 personnes. Alors que le 25 Décembre 2011, 20 personnes ont été tuées dans l’attentat contre une église catholique a Madela, dans l’Etat du Niger. En Janvier 2012, les attaques à Kano ont conduit à la mort d’au moins 185 personnes. En Septembre 2013, 40 soldats sont morts dans les forêts de Kasiya, dans l’attaque de l’Etat de Borno en Avril 2013, environ 200 personnes ont été tuées dans la communauté de Baga, dans l’Etat de Borno. L’année 2014 a vu l’escalade de l’insurrection, rien qu’en Janvier 2014, plus de 115 personnes ont été tuées dans l’État de Borno et de l’Adamaoua. Suivi par 67 personnes à Konduga dans l’Etat de Borno en Février 2014, toujours en Février 2014, 146 personnes ont été tuées à Izghe, Gwoza dans l’Etat de Borno. Le 14 Avril 2014 78 décès ont été enregistrés lors de l’attaque de la gare de Nyanya. Le plus grand nombre de victime a été enregistré le 6 mai 2014 dans la communauté de Gamborou Ngala, dans l’Etat de Borno, où 300 décès ont été enregistrés. Il est fondamental de noter qu’il ya eu de nombreux décès enregistrés dans les différentes attaques et certains d’entre eux ne sont même pas signalés. Toutefois, l’éditorial n’a pas pour objet l’étude du nombre de décès enregistrés mais a souligné certains d’entre eux afin de montrer preuves à l’appui le coût de l’insurrection sur l’état nigérian. Les Maisons et les entreprises sont rasées et par les insurgés et par les forces gouvernementales, nous n’avons pas eu écho qu’il y’ait une évaluation de ces pertes afin d’élaborer un plan Marshall pour nous sortir de l’abîme de la pauvreté qui est l’une des causes facteur de l’insurrection . Le coût de l’insurrection jusqu’à présent a été réduit à l’évaluation du nombre de vies perdues, seulement dans le nombre sans aucune tentative de mettre des noms, une analyse critique du coût de l’insurrection s’avère impératif pour le développement de tout plan Marshall durable et équitable pour la réhabilitation du Nord Est du Nigeria.

Idayat Hassan
La Directrice, CDD
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