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Alors que tous les regards sont tournés vers l’Assemblée générale des Nations Unies sur le problème mondial des drogues (UNGASS 2016), l’accent sera certainement mis sur la nécessité d’adopter une approche neuve capable de donner une dynamique nouvelle à la guerre contre la drogue, d’autant plus que la plupart des politiques actuelles adoptées au sortir de l’UNGASS de 1998 pour une élimination totale du problème de la drogue dans le monde se sont révélées inefficaces.
En fait, ces politiques ont surtout conduit à de crises graves de santé publique, notamment l’explosion de l’épidémie de VIH/SIDA chez les consommateurs de drogues injectables (CDI), sans parler du développement des gangs et réseaux criminels, de la corruption, du surpeuplement carcéral, etc. C’est cette situation, couplée à d’autres facteurs, qui appelle à une politique des drogues mettant l’accent sur la réduction des méfaits, la décriminalisation et des stratégies de lutte contre la drogue axées sur les droits de l’Homme, etc. Cet appel est renforcé par la participation de différents autres acteurs non étatiques dans le processus, en particulier les organisations de la société civile et les universitaires.
Même si les défis liés à la drogue auxquels l’Afrique de l’Ouest est confrontée sont similaires à ceux que connaisse le reste du monde, de nouveaux facteurs dominants ont contribué à accentuer le problème de la drogue dans la région. Au premier rang de ces facteurs, on retrouve l’incursion de réseaux criminels en Afrique de l’Ouest ; le fait que la région soit devenue une zone de transit privilégiée de la drogue en partance pour l’Europe ; le terrorisme et les réseaux criminels/de la drogue qui financent le terrorisme, sans parler de la question fondamentale de l’important abus de substances psychotropes dans la région. Toujours est-il que l’approche des différents États membres de la CEDEAO, et en particulier la stratégie régionale de lutte contre la drogue, s’est jusqu’ici focalisée sur l’élimination totale du fléau, à l’exception du Sénégal et sa louable politique de réduction des méfaits. En réalité, il n’existe pratiquement pas de stratégies alternatives pour mettre fin au fléau de la drogue. Aussi, dans beaucoup de pays ouest africains, l’on retrouve très peu de médecins ou de centres de réadaptation, et la stratégie nationale de lutte contre la drogue est plutôt basée sur des mesures palliatives dispensées dans des institutions psychiatriques ou religieuses.

Sur le plan régional, la Commission économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a mis en place un plan d’action régional sur les drogues auquel s’ajoutent le Plan d’action de l’Union Africaine sur la lutte contre la drogue et la prévention du crime, et le travail remarquable du Réseau ouest africain sur les politiques de drogues. En préparation de l’UNGASS 2016, ces entités ont adopté une position commune pour l’Afrique, à cause notamment de l’universalité du problème sur le continent. Nous osons espérer que cette position commune sera prise en compte dans le document final de la nouvelle stratégie de lutte contre la drogue.
Pour lancer le débat en marge de l’UNGASS 2016, cette édition du West Africa Insight jette un regard sur quelques points saillants du problème de la drogue dans la région. Adeolu Ogunrumbi de la Commission ouest africaine sur les drogues (WACD) plaide pour une réforme de la politique des drogues en Afrique de l’Ouest, au regard du difficile contexte de gouvernance, de sécurité, et de développement humain auquel la région fait actuellement face. Ogunrumbi est confortée dans sa position par l’article d’Aishatu Yushua : Abus de substances et criminalité en Afrique de l’Ouest…, qui jette un regard critique sur les nouvelles tendances en matière d’usage de drogues en Afrique de l’Ouest et les conséquences réelles qu’elles ont dans la région. Quant au Professeur Isidore Obot, il s’appuie dans sa contribution sur une perspective historique des drogues en Afrique de l’Ouest pour passer en revue les différents types de drogues utilisées dans la région, avec un accent marqué sur les méthamphétamines, qui selon lui constituent une menace réelle pour l’Afrique de l’Ouest, à laquelle il faut s’attaquer au plus vite. Toujours dans la même édition, on notera l’analyse du Professeur Idrissa Ba qui porte sur la très innovatrice expérience sénégalaise en matière de lutte contre les drogues dans la région, en particulier les initiatives du pays sur la Réduction des méfaits. Cette édition se ferme sur la Position commune ouest africaine pour l’UNGASS 2016 sur le Problème mondial de la drogue, qui est le produit d’une collaboration fructueuse entre les différents acteurs ouest africains en matière de politique des drogues. Bonne lecture !

Idayat Hassan
Director, CDD

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