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The New Scrabble for Africa 

L’année 2015 est, à bien des égards, d’une grande signification pour les femmes. Premièrement, elle marque les vingt ans de la conférence de Beijing de 1995, lors de laquelle d’importantes décisions pour la vie des femmes ont été prises. Deuxièmement, elle signe la fin des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD),

mais reste avant tout l’année de l’autonomisation des femmes, ainsi déclarée par l’Union Africaine (UA), en reconnaissance du rôle grandissant que les femmes jouent dans le développement du continent africain.

Cependant, malgré ces faits que nous venons de mentionner, les femmes ouest africaines peinent toujours à trouver leur vraie place dans la société, notamment dans les sphères économique et politique. Le patriarcat reste très ancré dans les sociétés ouest africaines, au point que les accords de grande envergure, les résolutions ou les plans d’action en matière d’égalité des sexes ont peu ou pas d’effet sur la vie des femmes. Néanmoins, il existe une lueur d’espoir dans ce domaine, car les femmes continuent d’afficher une ténacité incroyable et réécrivent ainsi les rôles assignés par la société. C’est l’exemple que donne Alakija Folorunsho, l’une des femmes noires les plus riches au monde—le magazine Forbes a estimé sa fortune personnelle à plus de 7,3 milliards de dollars—qui trône au conseil d’administration de son groupe. Du Burkina Faso au Nigéria, les femmes innovent dans tous les domaines et créent des petites entreprises qui contribuent de manière
considérable au développement de l’économie de leurs pays. Par exemple, au salon Maker Faire Africa qui s’est tenu à Lagos, les Girl Junior Engineers (Jeunes Ingénieures) ont fait la présentation de leur étonnante invention : « un nouveau groupe électrogène qui marche à l’urine et non à l’essence ».
En politique, les femmes ont fait d’énormes progrès. Au Sénégal, par exemple, grâce à la loi sur la parité qui exige aux partis politiques de réserver aux femmes la moitié de leurs listes aux élections locales et nationales, le pays compte maintenant 64 députées à l’Assemblee nationale, sur un total de 150, soit une représentation féminine de 42,7%. Quant à la Gambie voisine, elle peut s’enorgueillir d’avoir une femme comme viceprésidente, même si on est encore loin de l’égalité entre les sexes. Année après année, le taux de représentation des femmes dans les instances parlementaires diminue. De 9% en 20017, il a chuté à un peu plus de 7% en 2011. Le mouvement féminin nigérian a malheureusement perdu de l’ampleur lors des récentes élections. En effet, le taux de représentation des femmes se chiffre maintenant à 5,11% contre 9% en 2007, and 7% en 2011. Il est impératif d’accompagner la politique de discrimination positive à l’égard des femmes qui se poursuit dans la plupart des états ouest africains avec une volonté politique réel. L’on remarque que le Burkina Faso dispose d’un système de quotas, mais malgré tout, on ne compte que trois femmes dans le comité de transition. Ce qui nous rappelle que, dans bon nombre de cas, le cadre juridique reste une coquille vide.
Les droits des femmes sont violés en permanence dans la région ; la violence fondée sur le sexe étant le type de violation le plus récurrent. Le viol, le travail forcé, certaines pratiques traditionnelles néfastes sont juste quelques-unes des violations subies par les femmes. En outre, Les nombreux conflits en cours dans la région aggravent la situation. Par exemple, en ce qui concerne la crise au Nord du Mali, des milliers de cas de tortures et de viols collectifs sur des jeunes filles et des femmes ont été enregistrés. On estime que 145 000 personnes, en majorité des femmes et des enfants, se seraient refugiées au Burkina Faso, en Mauritanie et au Niger pendant la crise. Dans la même veine, l’insurrection de Boko Haram au Nigeria a conduit à l’enlèvement de milliers de femmes et de jeunes filles. Sur près de 1500 femmes et filles qui ont été secourues, environ 200 sont enceintes ; d’autres parmi elles ont été testées séropositives. Plus de 400 jours après l’enlèvement de plus de 200 élèves du lycée de jeunes filles de Chibok, ces dernières n’ont toujours pas été retrouvées. Une telle situation indique clairement que les droits des femmes et leur sécurité sont des défis qui doivent être traités comme partie intégrante des politiques de développement. Dans cette Edition du West Africa Insight dédiée aux FEMMES, toute l’équipe du CDD se joint aux différents auteurs contributeurs pour rendre hommage aux femmes africaines. L’article de Hussaini Abdu, les Femmes et les Elections dans le Nord du Nigéria retrace la participation des femmes en politique dans le Nord du Nigéria et les défis auxquels elles sont confrontées. Prenant le contrepied de la sempiternelle question de l’absence de participation des femmes du Nord en politique, Hussaini défend l’argument selon lequel cette participation est en nette hausse, même si on est loin d’avoir de vraies candidates qui parviennent à gagner lors des élections. Tout en reconnaissant le rôle croissant des oulémas dans la politique, Hussaini postule en outre que des jours meilleurs sont devant nous en ce qui concerne le sujet.
L’Analyse de Claudine Ahianyo est une évaluation de la participation des femmes ouest africaines en politique. Le constat est le même qu’au Nigéria, du fait notamment du poids d’une tradition qui tend à prendre le dessus sur les différentes politiques en cour et sur le cadre juridique existant.
La contribution de l’écrivain Panafricaniste Okello Oculi : Parlements africains dominés par des foulards de tête femme nous renseigne sur les succès des femmes à travers l’Afrique toute entière. Ce beau tableau ne reflète cependant pas toute la réalité sur la vie des femmes africaines. En temps de conflit par exemple, les femmes constituent la couche de la population la plus affectée. C’est ce que nous rappelle Ruth Ajonye dans son analyse sur les effets de l’insurrection de Boko Haram dans le Nord Nigéria intitulée : Sécurité de l’Etat : femmes, droits humains et Boko Haram.
Dans cette édition, nous avons aussi le plaisir de reproduire en français le travail collaboratif de Linda Bore et Felix Henkel de la Fondation Fredrich Ebert (FEF), qui est un de nos partenaires privilégiés. Leur analyse jette un regard critique sur le parlement de la CEDEAO.
Nous vous donnons déjà rendez-vous pour notre prochaine édition, mais sachez que les droits des femmes sont bel et bien des droits humains, et qu’aucune nation n’atteindra son plein potentiel tant qu’elle ignorera la moitié de ses forces, à savoir les femmes.
Idayat Hassan

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