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Le pire est passé. On compte de moins en moins de victimes de l’épidémie de la maladie à virus Ebola (EVD) par rapport aux mois qui ont suivi le déclenchement de l’épidémie en Afrique de l’Ouest. En plus, l’on a maintenant une meilleure compréhension du virus Ebola, et une bonne gestion des conséquences

néfastes de la maladie dans la sous-région. Partout dans le monde, l’EVD est maintenant perçue comme une menace mondiale et non plus comme un péril qui ne toucherait que l’Afrique de l’Ouest ou les régions forestières équatoriales de l’Afrique centrale. Mieux encore, le bout du tunnel semble ne plus être loin quand on sait que divers vaccins sont en cours d’élaboration, et que même certains d’entre eux sont en cours d’essai. Cependant, l’on peut toujours se demander comment on a est arrivé là et quelles sont les mesures à prendre pour éviter de nouvelles flambées de l’épidémie.
Dans cette édition du West African Insight (WAI), nous avons tenu à réfléchir sur la question de l’EVD en Afrique de l’Ouest sous différents angles. En 1ouver ture, Terfa Hemen porte sa réflexion sur les systèmes de santé des trois pays les plus touchés par la maladie en Afrique de l’Ouest, en l’occurrence le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée. Selon lui, l’incapacité de ces systèmes de santé à contenir l’EVD, surtout au début de l’épidémie, réside essentiellement dans leur inefficacité avérée ; et que si l’on regarde de plus près leur mode opératoire, l’on se rend compte que, comme plusieurs autres secteurs sensés œuvrer pour le bienêtre des citoyens ouest-africains, ces systèmes de santé souffrent d’un défaut de connaissances et de capacités. On y note aussi une faiblesse des financements; et une absence remarquée d’infrastructures et d’institutions robustes et viables, capables de lutter contre les épidémies et les grands défis de santé tels que l’EVD. L’analyse qui suit, en l’occurrence celle de Joe Hindovei Pemagbi, pose la question cruciale de la capacité des pays africains à répondre seuls et efficacement aux diverses graves situations d’urgence auxquelles ils peuvent être confrontés, ainsi que leur dépendance, souvent aveugle, à l’aide internationale pour s’attaquer à de telles situations. Pour ce faire, Il se penche en particulier sur la réponse de la Sierra Leone à l’EVD, et montre comment les énormes ressources humaines et financières déployées par le gouvernement et ses partenaires bilatéraux et multilatéraux ont été gérées pour lutter contre l’épidémie ; et que malgré les résultats plutôt satisfaisants enregistrés, il subsiste d’énormes défis liés à la coordination et la responsabilité, aussi bien en ce qui concerne les ressources internes que l’aide extérieure. Au-delà du fort taux de 2 mortalité et les énormes pertes en ressources humaines, le Professeur Akpan Ekpo soutient que la catastrophe EVD a fait beaucoup de mal, non seulement aux économies des trois pays d’Afrique de l’Ouest les plus touchés, mais aussi à l’ensemble de la sous-région ouest-africaine. L’analyse qu’il fait, en particulier sur les effets de l’épidémie sur les PIB de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone et sur divers secteurs de leurs économies, montre que si des mesures concrètes ne sont prises, ces pays devront faire face, à terme, à d’énormes difficultés. En outre, parce qu’ils sont classés parmi les pays les plus pauvres dans le monde, il est facile d’imaginer, à l’heure ou l’épidémie semble tirer à sa fin, l’ampleur de la tâche qui les attend, notamment en termes de reconstruction de leurs économies et de de leurs sociétés respectives.
Pour ne pas sombrer dans le pessimisme, nous avons tenu à clôturer cette présente édition par l’analyse du Dr. Terna Nomhwange sur les efforts louables que le Nigeria a déployés pour contenir l’épidémie. Cette perspicacité que le pays a montrée pour se débarrasser de l’EVD est un grand signe d’espoir pour l’avenir. Elle démontre également que les pays africains possèdent bien la capacité de résoudre leurs problèmes aux mêmes. En fait, le succès Nigérian que l’auteur explique de fort belle manière met en valeur le niveau élevé de coopération et de cohésion dont les individus, les organisations, qu’elles soient religieuses ou sociales, et les gouvernements à différents niveaux ont fait montre. A aucun moment, il n’a été question ni de religion, ni d’appartenance politique. Toutes les différences ont été occultées à l’occasion, et tous les Nigérians ont travaillé ensemble, main dans la main, pour contenir l’épidémie d’EVD. L’utilisation par les autorités compétentes de certains systèmes de santé et d’institutions sanitaires existants, qui du reste se sont montrés fiables, tels que le système de Surveillance intégrée de la maladie et riposte (SIMR), et l’Initiative pour l’éradication de la poliomyélite au Nigéria qui recense les cas de polio et supervise la vaccination contre la maladie dans le pays est une bonne illustration de l’efficacité des institutions en général quand elles sont correctement gérées. Elles peuvent ainsi contribuer de manière substantielle à résoudre bon nombre de problèmes auxquels les pays africains sont confrontés. Cet exemple en particulier, et de manière générale tous les autres efforts déployés par le peuple nigérian constituent une vraie leçon pour le reste de l’Afrique. Et, il n’est pas osé de dire que c’est la voie à suivre si dans l’avenir nous voulons résoudre nos nombreux problèmes.
A la lecture de cette édition, et après avoir tiré toutes les leçons de l’épidémie de la maladie à virus Ebola, il est plus que jamais impératif que toutes les mesures soient prises pour qu’une telle situation ne se reproduise. Telle est l’attitude à prendre pour éviter le déjà vu.
Idayat Hassan

Directrice, CDD

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