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Le Sommet Etats Unis-Afrique qui vient de s’achever fait beaucoup penser à la Conférence de Berlin de 1884-1885 organisée par Otto Von Bismarck, et qui aboutît au partage de l’Afrique au profit exclusif des puissances coloniales de l’époque.

Considérée comme le continent avec la plus forte croissance économiqueabritant 6 des économies classées parmi les plus dynamiques au monde en 2014, notamment celles de la République démocratique du Congo (RDC); du Mozambique; du Nigeria; de l’Ethiopie; de Angola; et du Libéria, l’Afrique abrite de plus en plus d’échanges commerciaux internationaux et reçoit davantage d’investissements étrangers, ce qui rappelle étrangement l’ancienne ruée coloniale vers le continent. Au dernier Sommet Etats Unis-Afrique dont le thème principal était : « Investir dans la Nouvelle Génération », le Président Obama a vivement affirmé l’engagement de son gouvernement à aider le continent pour une croissance économique soutenue et accélérée, grâce à une stratégie globale s’appuyant sur la bonne réalisation d’un African Growth and Opportunity Act (AGOA) renouvelé dont les points essentiels sont : « Renouveler et mettre à jour l’AGOA pour augmenter les possibilités d’accès de l’Afrique au marché; Trouver des synergies grâce à l’adaptation de l’aide octroyée aux pays africains; Améliorer les infrastructures pour augmenter la compétitivité; Renforcer les capacités du commerce, de la production à valeur ajoutée, et des chaînes d’approvisionnement pour augmenter les bénéfices qu’offrent l’AGOA; Créer de nouveaux marchés pour l’Afrique ». Ces points constituent des stratégies de libéralisation commerciale dont le but est d’ouvrir les marchés africains aux économies occidentales, favorisant du coup l’exploitation du continent par ces dernières. L’aspect le plus important de ce sommet a sans doute été les accords commerciaux qui y ont été conclus, et non les droits humains, encore moins la bonne gouvernance et les beaux discours qui ont été prononcés en marge du sommet. D’ailleurs, de la bouche même du président Obama, chaque investissement réalisé en Afrique crée plus d’emplois et de possibilités de travail pour les citoyens américains. Par exemple, les exportations en biens et services vers l’Afrique, qui ont atteint un chiffre record de $50,2 milliards en 2013, ont à elles seules créer 250000 emplois aux Etats Unis. Pour certains, le sommet de Washington D.C. est une réponse directe aux sommets similaires sur l’Afrique organisés par l’Union Européenne (UE), la Chine, la France, etc. En fait, ces grandes puissances économiques se livrent à une course effrénée à l’accès aux marchés africains en vue de tirer le plus de bénéfices possibles dans un partenariat avec le continent. Il est cependant important de mettre l’accent sur le caractère purement économique que revêt un tel partenariat avec l’Afrique. La Chine, par exemple, est aux avant-postes dans la «ruée vers l’Afrique», et travaille sans relâche à étendre son influence et à établir une domination sur le continent, en particulier dans le domaine commercial. En 1995, le volume des échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique s’élevait à tout juste 1% du commerce extérieur chinois. Entre 1995 and 2012, il atteignit cependant la barre des 26% ; et augmenta de 19% entre 2011 et 2012, passant ainsi de 166 milliards US$ en 2011 à près de 198 milliard US$ en 2012. Dans la même période, le volume des échanges commerciaux entre l’Europe et l’Afrique a également augmenté. En 2004, les exportations de l’Europe vers l’Afrique étaient de 156,4 milliards d’euros tandis que les importations étaient évaluées à 77,1 milliards d’euros. En 2013, il sera évalué à 168 milliards d’euros pour les exportations et 87,7 milliards d’euros pour les importations. Au Nigeria, par exemple, malgré les défis de l’insécurité, les investissements des entreprises européennes se poursuivent. Les géants de l’automobile français tels que Renault-Nissan et Peugeot sont de bons exemples d’entreprises qui investissent en Afrique. Au moment où le colonialisme moderne s’intensifie, avec de nouvelles puissances s’appropriant et se partageant le continent, pour le seul bénéfice de leurs propres économies et populations, l’on peut se poser un certain nombre de questions : quelles orientations politiques prennent les dirigeants africains pour sauvegarder les intérêts de leurs peuples? Alors que la croissance économique est le prétexte brandi par les puissances économiques pour engager un partenariat avec l’Afrique, qu’en est-il des retombées sur la vie des populations, d’autant plus qu’aucun changement notoire n’est constaté dans leurs vies quotidiennes, mais plutôt une inégalité qui augmente de manière exponentielle ? La richesse du continent reste entre les mains de quelques citoyens, ses ressources naturelles sont contrôlées par des multinationales étrangères, et la plupart des budgets nationaux du continent sont principalement financés par l’aide étrangère (ceci est aussi vrai pour les pays producteurs de ressources naturelles). Cette situation s’accompagne d’une insécurité croissante dans la plupart des états africains. Elle découle principalement d’une inégalité horizontale et d’une marginalisation. La pauvreté et les inégalités continuent de s’accroitre dans le continent. 1 Africain sur 10 vit dans la pauvreté extrême; et selon les projections, d’ici 2030, la majorité des personnes pauvres dans le monde vivront en Afrique. Quelle est la place de l’Afrique en tant que continent? Existe-il des états africains capables? L’épidémie du virus Ebola (EVD) remet sur le devant de la scène la question de la capacité des états Africains. Les pays touchés, à savoir le Liberia, le Nigeria, la Guinée et la Sierra Leone, ont demandé l’assistance de la communauté internationaleen particulier les Etats-Unis, la Chine et le Canada qui semblent aujourd’hui être l’unique espoir des états touchés par l’épidémie pour lutter contre le viruspour sauver la vie de leur citoyens. Cette situation est très préoccupante d’autant plus que les compagnies pharmaceutiques peuvent profiter de la situation pour utiliser des Africains comme cobayes pour expérimenter de nouveaux médicaments qui n’ont probablement rien à avoir avec le virus Ebola. Tel fût le cas lorsqu’en 1996 Pfizer profita de l’épidémie de méningite à méningocoques pour effectuer des essais cliniques pour le Trovanle médicament contre la méningite que le laboratoire venait tout juste de développer, sur des enfants à Kano, au Nigeria. Pourquoi l’Afrique a jusqu’ici été incapable de mettre sur place des centres de recherche et des laboratoires où des traitements comme le Zmapple traitement expérimental contre le virus Ebola initié par la firme Mapp Biopharmaceuticalpourrait être développés, et ainsi permettre au continent de s’affranchir de sa dépendance vis-à-vis de la communauté internationale, y compris en matière de santé publique. Alors que la ruée vers l’Afrique s’intensifie, le continent doit se pourvoir d’une politique de libéralisation commerciale qui lui est propre; repenser sa démocratie sous l’angle spécifique des défis liés au développement et aux problèmes de leadership auxquels il est confronté. Les gouvernants africains doivent faire preuve de volonté politique et trouver des solutions judicieuses aux questions de l’évaluation inexacte des produits échangés; de la fiscalité ; des flux financiers illicites, et appliquer des sanctions, si nécessaire. La corruption, le renforcement des capacités et la production d’importantes données doivent être des questions prioritaires auxquelles il faudra très vite apporter des solutions idoines. La discussion et les prises d’opinion sur les voies et moyens pour parvenir à la paix, la stabilité et le développement de la région continue de plus belle, nous osons espérer que le West African Insight continuera à servir de plateforme d’échanges d’informations. Nous remercions vivement tous ceux qui ont contribué à cette édition et louons leur excellent travail, notamment le très distingué professeur d’études africaines, Georges Ntalaja Nzongola, pour sa contribution portant sur les conflits armés en Afrique, à l’occasion de la commémoration du 54e anniversaire de l’indépendance de la République Démocratique du Congo; et nos amis et collègues de Chatham House, en particulier Leena Hoffman qui nous a fait un résumé de sa nouvelle publication à Chatham House sur le Nigeria: Qui parle pour le Nord? Nous espérons que vous apprécierez la lecture de cette édition. Rendez-vous est pris dans deux mois pour une nouvelle édition.

Idayat Hassan
La Directrice, CDD

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